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Quelles sont les pratiques touristiques des Bretons sur la scène internationale ?

Pendant longtemps, les destinations touristiques des Bretons ont été totalement inconnues. On ne connaissait ni la durée de leur déplacement à l’étranger, ni la géographie de leurs voyages et les destinations pratiquées ou recherchées. Depuis 2004, cette lacune est partiellement comblée grâce à un sondage précis effectué en 2004 par la T.N.S Sofres auprès de 20.000 individus représentatifs des personnes de plus de 15 ans résidant en France.

Certes, pour des raisons évidentes de représentativité, on ne connaît pas l’ensemble des destinations et notamment la liste exacte de tous les pays fréquentés à l’échelle planétaire. Malgré tout, quelques indices très précieux sont fournis et permettent de faire la lumière sur les destinations les plus courues (principaux pays visités, nombre et durée des échanges…). L’exploitation précise et cartographique des tableaux proposés dans l’étude  permet alors de proposer une géographie internationale des pratiques bretonnes - notamment à l’échelle d’une Europe élargie - et de suivre l’originalité du comportement des Bretons au regard des autres Français (par exemple avec des destinations internationales moindres mais avec des destinations lointaines plus courues). Quels sont les facteurs expliquant les originalités des pratiques bretonnes ? Comment pourrait-on utiliser ces déplacements pour renforcer le dynamisme économique de notre pays ?

1. Le proche et le lointain… L’originalité des pratiques bretonnes

Les Bretons ont des pratiques touristiques spécifiques et assez différentes des autres Français. En raison notamment de leur situation péninsulaire, ils s’individualisent en étant davantage attirés par deux polarités extrêmes : soit par les destinations très proches, soit par les destinations les plus lointaines.

Tout d’abord, les Bretons sont très attirés… par la Bretagne (plus de 15 % des nuitées). À Lorient par exemple, 28 % de la fréquentation touristique totale est issue de Bretons en provenance de la seule Bretagne administrative. De même, les Bretons dans l’ensemble séjournent plus en France que la moyenne des Français. Ainsi, quand 83,7 % des nuitées touristiques des Français concernent la France, le chiffre atteint 88,3 % des nuitées pour les Bretons. Ces derniers partent en moyenne un peu plus longtemps et les destinations restent davantage marquées par la proximité (Bretagne, Pays de la Loire, Ile de France, Normandie).

Contrairement à une idée reçue, les Bretons ne sont donc pas plus internationaux dans leurs destinations touristiques que le reste de la population. L’attachement au pays, l’éloignement des frontières européennes et le budget plus modique des Bretons favorisent un tourisme plus local. Alors que les Bretons (Bretagne administrative) représentent 4,8 % de la population française, ils ne réalisent que 4,3 % des visites touristiques internationales de la France .

Ces déplacements lointains n’en demeurent pas moins spécifiques et le tableau des échanges touristiques reste très influencé par la situation géographique. Les Bretons se déplacent en moyenne trois fois plus vers l’Angleterre que les Français. L’Angleterre est la deuxième destination préférée des Bretons (après l’Espagne) alors qu’elle n’est que la neuvième destination choisie par les Français. En raison de l’éloignement, de la cherté de ces destinations et secondairement d’un tourisme hivernal moins couru (faible pratique des sports divers) les Bretons sont en revanche nettement moins nombreux en Italie, en Suisse, en Autriche ou en Grèce. La sur-représentation est patente dans des pays moins onéreux (Croatie, Turquie) quoique plus éloignés. Ces choix s’expliquent principalement par des contraintes de revenus (les Bretons ont des salaires en moyenne inférieurs à ceux des Français) qui leur font préférer des destinations moins dispendieuses.

Au-delà de la France de ce premier cercle européen et méditerranéen , la part des Bretons ne cesse d’augmenter avec l’éloignement. Ainsi, alors que 37,4 % des déplacements internationaux des Français concernent la catégorie « reste du monde », cette proportion atteint 41,2 % en Bretagne. Les Bretons réalisent plus de 2,1 millions de nuitées à l’international dans la catégorie « reste du monde ». Parallèlement, la fréquentation des DOM-TOM est nettement plus faible qu’en France, ce qui confirme la recherche de destinations véritablement « étrangères », plus originales ou exotiques. On retrouve ce trait dans la catégorie « autre Europe » où les Bretons sont aussi sur-représentés, ce qui confirme leur goût pour des destinations moins classiques.

Cet attrait pour les destinations lointaines explique parallèlement la durée supérieure de leur séjour international. Les Bretons partent dans l’ensemble moins fréquemment que les Français à l’étranger. Par contre, quand ils franchissent le rubicon, ils y vont pour de bon et dans l’ensemble s’orientent vers des destinations au long cours. L’originalité des pratiques touristiques des Bretons résident donc dans une fréquentation supérieure des espaces de proximité (la Bretagne et les régions voisines) ou très lointains.

2. Des facteurs explicatifs et des éléments d’actions

Ces pratiques s’expliquent par plusieurs facteurs qui agissent de façon imbriquée.
Tout d’abord, la situation bretonne à la pointe de l’Europe détermine une géographie originale du déplacement, que ce soit par la mer (forte fréquentation des îles britanniques avec la présence de la Brittany Ferries) ou surtout par les airs. Comme les trajets routiers sont forcément plus longs et onéreux vers les pays voisins (Italie, Autriche, Portugal…) les Bretons occupent le créneau des destinations proches ou utilisent de façon préférentielle l’avion sur des destinations plus lointaines.

Une fois qu’on est dans les airs, les différences de tarifs sont en effet moins liées à l’éloignement qu’à la situation économique d’ensemble du pays d’accueil. Des agences de tourisme ou des tours opérators proposent ainsi au départ de Brest, Nantes ou Rennes des forfaits très attractifs vers la Turquie ou la Croatie. Ainsi, alors qu’un Provençal sera plus facilement tenté par l’Italie (première destination des habitants de la région Provence-Côte d’Azur) et qu’un habitant du Languedoc-Roussillon subira plus facilement le tropisme espagnol, le Breton choisira davantage les îles britanniques limitrophes ou s’envolera pour des destinations plus lointaines.

Le niveau économique déclenche alors des choix préférentiels, la Croatie étant notamment une destination bien plus courue qu’en France (la Croatie reçoit 4,2 % des nuits bretonnes passées à l’étranger contre 1,6 % pour l’ensemble des Français). Au contraire, l’Italie est trois fois moins fréquentée par les Bretons que par les Français alors que l’Espagne, moins onéreuse et un peu plus proche, l’est de façon similaire.

Notons enfin trois autres paramètres explicatifs complémentaires.

Tout d’abord, l’internationalisation économique assez faible de la Bretagne suscite des déplacements touristiques plus timides pour des séjours professionnels (d’où des déplacements limités en Allemagne, en Belgique etc.).

Ensuite, la population étrangère présente en Bretagne est plus rare et cela restreint le volume des échanges touristiques avec des pays spécifiques. Par exemple, l’Ile-de-France, réputée pour l’importance de sa communauté lusitanienne, regroupe à elle seule plus d’un tiers des déplacements à destination du Portugal. Au contraire, la Bretagne n’a sur son territoire que 3.912 Portugais (contre plus de 553.000 en France) et est une des régions de France qui échange le moins avec ce pays.

Enfin, les spécificités culturelles expliquent aussi certains tropismes, même s’il est pour l’instant difficile d’approfondir l’analyse. Par exemple, sans disposer de chiffres très précis, on sait qu’il existe des échanges bretons supérieurs avec des pays comme l’Irlande, le Pays de Galles ou la Pologne, voire avec l’Australie. Ces relations plus étroites tiennent à la fois à la proximité culturelle (60 % des jumelages bretons sont noués avec d’autres pays celtes), aux liaisons existantes dans le domaine des transports (pour l’Irlande notamment), aux héritages de la « diaspora » bretonne (Canada, Australie) ou à des échanges qui se sont accentués de façon récente.

Par exemple, avec la Pologne, des relations d’amitiés se sont nettement accélérées dans les années 1990. Initialement, en organisant une aide spécifique lors des événements de Gdansk, Ouest-France a joué un rôle moteur pour activer des relations qui s’étendent aujourd’hui à de multiples échanges concrets (échanges scolaires, multiples actions de coopérations décentralisées, notamment entre l’Ille-et-Vilaine et la région de Wielkepolska).

En conclusion, c’est à notre avis la première fois que l’on peut donner quelques informations cartographiques et statistiques sur la spécificité des échanges touristiques internationaux de la Bretagne. Si l’analyse est lacunaire et que l’on ne dispose pas de chiffres précis sur certaines destinations moins courues, le sondage massif fait bien ressortir les spécificités majeures de la géographie touristique bretonne.

Cette dernière se singularise à la fois par un amour du pays – peut-être même une certaine difficulté à le quitter - et par la recherche des lointains horizons. Si elle est intéressante en elle-même, l’étude est surtout utile sur un plan opératoire pour renforcer l’inscription internationale de la Bretagne. En effet, pour l’instant, on n’utilise en aucun cas les voyages de ces Bretons. Par exemple, il n’existe aucune mallette ou outil interactif permettant aux Bretons qui le souhaitent de jouer à l’international le rôle d’un ambassadeur de leur pays, présentant les entreprises, les paysages, les particularités culturelles et géographiques de la Bretagne, ses actions multiples de solidarités internationales. Or 5.149.000 nuitées ont été effectuées en 2004 à l’international, soit en moyenne 1,2 nuitée par habitant.

Une opération pilote vers le Royaume Uni (443.000 nuitées par an) serait par exemple envisageable pour nouer un partenariat privilégié, utiliser ces nombreux échanges touristiques, assurer la promotion de nos entreprises, y faire connaître l’intensité nettement supérieure de nos relations. Cette opération est d’autant plus envisageable que de nombreux britanniques sont également attirés ou présents en Bretagne : jouer la carte anglaise avec plus d’habileté ou d’entregents est sans doute un des outils pour renforcer l’inscription internationale de la Bretagne.

Plus globalement, la mobilité des Bretons est sans aucun doute un des outils les plus importants et les plus sûrs pour renforcer l’inscription internationale de la Bretagne. Pour assurer la promotion de notre pays, on ne peut compter que sur nous-mêmes. Encore faut-il créer l’outil communicant, en assurer la promotion et la diffusion pour diffuser une image claire et argumentée, honnête et porteuse, permettant à la Bretagne de renforcer sa notoriété à l’échelle internationale.

Jean Ollivro, 2006
Etude parue dans Armor Magazine, n° 438-439, 2006.

Dernière mise à jour : ( 06-10-2009 )
 
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