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Bretagne Prospective s’est vu confier l’animation d’une réflexion sur l’accueil de populations nouvelles dans les Côtes d’Armor. A travers quelques éléments de diagnostic, l’article ci-dessous tente d’éclairer les principaux enjeux qui vont se poser au département dans les prochaines années.
Dans le cadre de l’opération Côtes d’Armor 2020 qui se déroulera en 2007 et 2008, le Conseil Général des Côtes d’Armor souhaite mobiliser l’ensemble des forces vives du département (population, associations, organismes professionnels, élus, territoires etc.) autour d’une réflexion sur l’avenir et les grands enjeux du territoire dans une démarche de propositions et de projets.
Il est apparu intéressant aux organisateurs, en particulier à la Mission des Affaires Européennes et Internationales du Conseil Général et à Côtes d’Armor Développement, l’agence économique départementale, de proposer la création d’un groupe de travail sur les migrations. Il s’agit tout à la fois pour le département de mieux accompagner les effets d’une attractivité démographique qu’il a retrouvée depuis le début des années 90, mais aussi d’anticiper et d’accompagner les implications de l’un des phénomènes majeurs du XXIème siècle. Pour ce faire, le Conseil Général a constitué un groupe de réflexion pluridisciplinaire destiné à croiser les regards et analyses des différents acteurs costarmoricains aux prises avec la réalité multiforme des phénomènes migratoires : acteurs économiques confrontés à des risques de ruptures d’activité et à des besoins de main d’œuvre, élus et collectivités locales confrontés à l’accueil et aux besoins de nouveaux arrivants, acteurs associatifs aux prises directes avec les difficultés socio-économiques de populations immigrées ou avec certains problèmes internationaux. La première réunion s’est tenue le 31 mai dernier dans les locaux du Conseil Général à Saint-Brieuc. L’animation des réflexions à mener a été confiée à Bretagne Prospective. Un département, vieillissant, attractif, qui a du mal à retenir ses jeunes Un accueil croissant de populations nouvelles Des métiers et territoires en tension Une variété de situations géographiques et sociales Quelques tendances et facteurs de rupture à considérer Un département, vieillissant, attractif, qui a du mal à retenir ses jeunesAvec 18,6% de la population régionale pour 21, 6% des retraités bretons, le vieillissement dans les Côtes d’Armor est plus précoce et plus marqué que dans le reste de la région. Alors que le département comptait, en 1999, 27,7 % de plus 60 ans, ils seront, d’après certaines estimations, 218 000 en 2030, soit plus de 40 % de la population et une augmentation de 45 %. Si le vieillissement est dans l’ensemble plus endogène qu’exogène, l’attractivité retrouvée des Côtes d’Armor (+ 13 600 personnes de plus de 60 ans entre 1990 et 1999) vient renforcer les effectifs sédentaires de cette classe d’âge (+ 10%). L’allongement de l’espérance de vie et l’arrivée progressive à l’âge de la retraite des classes d’âges nombreuses de la génération du « baby-boom », laissent entrevoir un renforcement inéluctable vieillissement de la population. Cette nouvelle donne démographique s’accompagne donc d’un accroissement potentiel du phénomène résidentiel qui va rapidement induire la création de nouveaux emplois et services à la personne et des besoins de main d’œuvre nouvelle. L’émergence d’une économie résidentielle, dans le département, comme à l’échelle de la Bretagne, ne manque pas de soulever quelques interrogations. Quelle sera la viabilité d’une économie fondée sur la redistribution des revenus (plutôt que sur le renouvellement des activités productives) à l’échelle de quelques années, lorsque le niveau de vie des retraités ne sera plus assuré de la même manière qu’aujourd’hui ? Quel dynamisme pour une société de plus en plus âgée et confrontée à l’exode toujours important de sa jeunesse ? Plus de 40% des jeunes de 20-25 ans ont en effet quitté les Côtes d’Armor au cours des années 90. Tandis que les récentes enquêtes réalisées auprès de la population dans le cadre du lancement de Côtes d’Armor 2020 laissent entrevoir une moindre envie des jeunes originaires du département de rester « vivre au Pays ». A terme, ce sont le dynamisme, la créativité ou encore l’image du département et son attractivité qui pourraient en pâtir, si ces tendances se poursuivaient. Comment dans ces conditions rester ou redevenir attractif pour les populations les plus jeunes (15-30 ans) extérieures au département ou à la région ? Un accueil croissant de populations nouvellesAvec 80 400 nouveaux arrivants entre 1990 et 1999 contre 60 000 départs, les Côtes d’Armor présentent un solde migratoire positif de près de 11 000 habitants. Les résultats du recensement de 2004 (+ 24 500 habitants) confirment cette tendance, de manière plus prononcée encore. Les données de ces deux derniers recensements marquent ainsi un retournement historique à l’échelle d’un territoire devenu, depuis le milieu du XIXème siècle, une terre d’émigration. Près de 2/3 des nouveaux arrivants ont moins de 40 ans. On compte dans ce mouvement des retours au pays, des installations de jeunes ménages en recherche d’un cadre de vie plus agréable mais aussi l’arrivée d’actifs venus satisfaire aux besoins de main d’œuvre non pourvus des entreprises locales. Cette arrivée correspond toutefois, dans l’ensemble, à un « roulement » dans la population active, du fait de la mobilité. Les arrivées nombreuses compensent des départs tout aussi nombreux et le solde final dans la population active reste équilibré. A l’inverse les retraités costarmoricains sont moins mobiles et l’arrivée de personnes de plus de 60 ans contribue à augmenter leur nombre absolu et le vieillissement global du département. La Bretagne reste par aileurs très dynamique pour la création d’emplois salariés. Cela se traduit aussi sur son attractivité pour les implantations/délocalisations d’entreprises au niveau infranational et les Côtes d’Armor contribuent largement à ce processus. L’attractivité se ressent aussi au niveau des populations étrangères. La Région a connu une progression de 50% (+ 11 400) du nombre d’étrangers adultes entre 1999 et 2004. Ces nouveaux arrivants présentent des statuts très différents : demandeurs d’asile, rejoignants de famille, salariés, ressortissants de l’UE en situation résidentielle ou en création d’activité. Ces dernières années ont vu un afflux de demandeurs d’asile en provenance d’Europe de l’Est ou d’Afrique noire auquel la région n’était pas habituée. Si les immigrés sont moins nombreux que dans d’autres régions ou départements, leur situation n’est généralement pas moins facile qu’ailleurs. Des prises de conscience des questions liées aux processus d’accueil et d’intégration restent nécessaires. Au final, on voit poindre de nombreux défis marqués par la nécessité d’accueillir des populations nouvelles, porteuses de caractéristiques et de besoins variés. Le vieillissement accéléré, mais aussi la fuite des plus jeunes ou encore les besoins de soutenir l’activité économique et la création d’emplois soulignent l’intérêt d’augmenter et de conforter l’attractivité du département. Dans ce mouvement d’ensemble , l’accueil croissant de ressortissants étrangers, présentant des profils et des situations très hétérogènes, lié à la relative méconnaissance du phénomène, implique une vigilance accrue afin de prévenir les possibles discriminations dans des domaines comme la santé, le logement, l’accès aux droits, etc. Des métiers et territoires en tensionLes Côtes d’Armor comptent aujourd’hui 1,2 senior pour un jeune de moins de 20 ans et 1 retraité pour 1,7 actif, ce qui – combiné à quelques autres critères - en fait le département le plus « vieillissant » de Bretagne et lui confère une situation comparable à ce que sera le visage démographique de la France d’ici une vingtaine d’années. A l’échelle de la région, 22% des emplois étaient occupés, en 2000, par des plus de 50 ans, ce qui correspond à 20 000 départs d’ici 2010. Dans ce contexte, certaines professions apparaissent particulièrement exposées : les IAA et certaines activités industrielles connaissent des difficultés de recrutement sur le marché local tandis que d’autres professions vont connaître des départs massifs dans les prochaines années : transports, banque, assurance, enseignement, BTP. A données constantes (comportements d’activité et attractivité), un certains nombre de territoires risquent de connaître une baisse de leur population active, et au-delà une déflation de leurs activités à l’horizon 2015. Les Côtes d’Armor apparaissent particulièrement exposées puisque ce risque concerne les Pays du Centre Bretagne et du Centre Ouest Bretagne ainsi que le Trégor-Goëlo. Une variété de situations géographiques et socialesSelon une tendance bien ancrée, l’Ile-de-France fournit une part importante du contingent des migrations interrégionales vers la Bretagne (1/3 des entrants) et vers les Côtes d’Armor, suivie notamment de la Basse Normandie et de la région Centre. Si les Britanniques arrivent en tête de la population d’origine étrangère, le département accueille une population diversifiée au regard des origines géographiques et des statuts sociaux. On y recense de nombreux ressortissants des pays de l’Union Européenne (poids historique de l’immigration portugaise notamment) et des pays du Maghreb. L’ancienneté et les conditions d’arrivée influent sur des profils familiaux, professionnels, et de conditions de vie extrêmement diverses. On peut aussi envisager cette répartition selon des critères qualitatifs qui traversent les catégories géographiques ou nationales. Dans cette perspective le département est confronté à trois types d’ « immigrations » : - une immigration à caractère résidentiel : résidences secondaires, bi-résidents (actifs ou retraités), retraités - une immigration à caractère professionnel : ménages à la recherche d’un autre cadre de vie, personnes attirées par les besoins du marché du travail local, immigration à caractère économique - une immigration à caractère social/humanitaire : réfugiés Ces tendances peuvent se mélanger : par exemple des migrants résidentiels peuvent développer ou installer leur activités en CA., des réfugiés économiques ou politiques deviennent aussi des travailleurs dans les entreprises du département etc. Comment dans ces conditions trouver des réponses adaptées aux différentes situations et offrir la même qualité d’accueil à l’ensemble des nouveaux arrivants en s’adaptant à la diversité des situations et des territoires : urbain littoral, rural ? Quelques tendances et facteurs de rupture à considérerSi globalement les phénomènes migratoires dépendent de facteurs économiques, sociaux ou politiques sur lesquels ni le Département en tant qu’institution, ni ses divers acteurs, n’ont d’influence directe, il convient toutefois de garder à l’esprit et d’évaluer quelques tendances qui pourraient avoir des conséquences sur le nombre et sur les conditions d’accueil de certaines catégories d’immigrants dans le département. - Effets du vieillissement de la population et des logiques d’économie résidentielle : renforcement et nouveaux besoins, pression immobilière, image du département, etc. - hausse tendancielle du nombre de migrants « internationaux » (UE, réfugiés, etc.) ; - développement des TIC, du télétravail et des transports rapides (TGV, Low cost, etc) : décentralisation et dématérialisation des lieux de travail, phénomènes de bi-résidentialité ou de multi-résidentialité ; - Perspectives d’une immigration britannique : saturation du marché du logement versus renforcement d’une intégration économique transmanche ; - Développements de nouveaux besoins et métiers pour lesquels la main d’œuvre « endogène » semble insuffisante ; - Impact et effet du tourisme (comme vecteur d’installation ultérieure) ; - Impact possible de multiples risques de rupture internationaux : conflits, catastrophes écologique, risques endémiques, etc. ; - Développement de stratégies d’attractivité (entreprises, talents) dans le cadre d’une économie toujours plus internationalisée. Risques de compétition entre territoires au niveau international et infranational pour compenser les effet du vieillissement par l’arrivée des populations jeunes et active. Comme on le voit, les tendances démographiques récentes, les enjeux économiques, sociaux, culturels ou politiques qu’elles ne manquent pas de soulever, ou encore le contexte démographique général à l’échelle de la France ou de l’Europe, ne manquent pas de susciter de nombreuses questions pour l’avenir et l’évolution du département. Le groupe de réflexion nouvellement constitué aura donc la responsabilité de formuler des idées et propositions pour maintenir un département « accueillant et attractif » sachant conjuguer cohésion et dynamisme. Ses travaux se poursuivront tout au long de l’année 2007 à travers des sessions consacrées aux migrations à caractère professionnels (juillet), à caractère social ou humanitaire (septembre) et à caractère résidentiel novembre). Pour plus d’informations : Côtes d'Armor 2020
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