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Géographie de la grande distribution en Bretagne Convertir en PDF Version imprimable

Fruits & légumes Premiers éléments d'analyse et de compréhension

Pour l'instant, on étudie peu la géographie commerciale, et les analyses territoriales ou comparatives des stratégies de la grande distribution sont peu connues et surtout peu spatialisées. Bretagne Prospective explore le sujet en étudiant par exemple la géographie du chiffre d'affaires des 115 premiers distributeurs bretons (hypermarchés et supermarchés) en 2007. L'analyse stratégique (qui sera étendue à l'ensemble de la grande distribution) permet par exemple de constater (voir la carte) que la logique des "plus grandes surfaces" n'entre que partiellement en relation avec les dynamiques démographiques du pays, ce qui pose différentes questions.

D'un côté en effet, on remarque naturellement le poids des grandes métropoles (Nantes, Rennes et Brest). Des villes moyennes sont aussi bien représentées (Saint-Nazaire, Saint-Brieuc, Redon, Saint-Malo...). Les plus grandes surfaces profitent d'un bassin de clientèle important pour s'implanter en étant parfois en concurrence directe (3 hypers ou supermarchés majeurs à Rennes pour un chiffre d'affaires annuel voisin de 103 millions d'euros). Des villes moyennes sont aussi très bien représentées (Saint-Nazaire, Saint-Malo, Redon, Chateaubriant) et l'on remarque souvent l'implantation périurbaine des structures (St-Nicolas-de-Redon, Plérin, Léhon près de Dinan, Saint-Herblain près de Nantes). Toutefois, la distribution des "colosses" ne se calque qu'imparfaitement sur la taille des villes. Un immense secteur allant de Quimper à Vannes, en passant par Lorient et Quimperlé est finalement bien peu représenté.

Si le marché reste là aussi contrôlé par les grandes surfaces , ces dernières sont plus petites, ce qui s'explique aussi par des choix administratifs (refus du CNEC en 2006 de créer un hypermarché Leclerc de 3550 m2 à Questembert). Ponctuellement, la géographie des supermarchés et hypermarchés bretons est aussi liée à l'origine de leurs promoteurs : le premier hypermarché Leclerc de France est créé à Landerneau en 1965. Le réseau Intermarché, qui crée des structures plus petites, est lancé par le morbihannais Jean-Pierre Le Roch (23 magasins dans le Morbihan et 16 seulement en Ille-et-Vilaine , département deux fois plus peuplé).

Un point intéressant est aussi la corrélation sensible entre la concurrence et le chiffre d'affaires des structures. Par exemple, Vitré, Guérande, Redon, Pornic et Châteaubriant sont sur la carte surreprésentés au regard de leur population. Ce phénomène s'explique par des stratégies comparables effectuées à l'échelle des villes. Quand un grand distributeur décide de lancer une structure "lourde" dans une commune, il semble copié par ses concurrents. Le marché est ainsi nettement plus concentré dans certaines villes, beaucoup plus diffus dans d'autres (Vannes et Lorient notamment).

Ainsi, la géographie des installations bretonnes est pour une part motivée par des logiques concurrentes entre les grands groupes (Leclerc, Super U et Intermarché notamment). Toutefois, comme l'a notamment démontré dans sa thèse M. Pouzenc, cette dernière est complexe et issue également de logiques internes. Chaque structure fonde son implantation sur des logiques de quadrillage géographique, d'accessibilité et de synergie. Il résulte de ce constat une géographie de la "très grande distribution" relativement différent de celle de la population. Pour des raisons foncières (nécessité pour l'implantation de surfaces considérables), les territoires périurbains et sublitorraux sont surreprésentés. Les voies express jouent aussi un rôle important et on suit sans problème le tracé de la RN 12 (Rennes - Saint-Brieuc - Brest) ou de l'axe Rennes-Vitré.

En conclusion, s'il existe peu d'études intégrées sur la géographie de la grande distribution en Bretagne ou en France, cet exemple montre le bénéfice d'une analyse stratégique de la distribution des grands groupes (que l'on corrèle évidemment avec d'autres dynamiques, notamment démographiques). De même, une lecture en creux de cette simple carte apporte des informations stratégiques aux décideurs. Parallèlement, avec le renchérissement énergétique, on analyse éventuellement un retour relatif des petites surfaces de proximité. Le rapport Attali préconise une plus grande ouverture à la concurrence et une plus grande permissivité d'implantation. Une étude plus globale sur les relations entre la géographie de l'offre et des besoins doit permettre de mieux cerner ce sujet.

Dernière mise à jour : ( 05-06-2008 )
 
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