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La CCI de Rennes célèbre cette année son 150ème anniversaire. Elle fêtera l’événement à l’occasion d’une soirée spéciale organisée le lundi 06 octobre prochain. Cette rencontre – dont Bretagne Prospective est partenaire – s’intéressera tout particulièrement aux expériences d’autres territoires européens. Elle s’attachera à comprendre comment certains pays ou régions s’appuient sur leur identité (culturelle, sociale, géographique, etc.) pour créer les conditions de leur dynamisme économique.
Invités de la soirée, l’Irlande, le pays Basque, la Galice et la Suède offrent des exemples variés de création de richesses à partir d’une mobilisation volontariste des ressources et des acteurs locaux. En quoi peuvent-ils inspirer de nouvelles pistes pour le développement de la Bretagne ? Soirée anniversaire, 06 octobre 2008, Méga CGR, La Mézière Pour s'inscrire:
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Une légende britto-celtique contemporaine raconte qu’un consultant australien sollicité, au milieu des années 80, pour bâtir une stratégie de développement touristique pour la Bretagne, aurait proposé de fonder celle-ci sur la valorisation de la culture et des éléments d’originalité du territoire. Recalé par les responsables bretons, il aurait ensuite été appelé à travailler sur la stratégie de l’Irlande… non sans un certain succès. Au-delà de la légende, une autre histoire bien réelle a vu, en l’espace de quelques années seulement, l’un des pays les plus pauvres de l’Union européenne, devenir un monstre de dynamisme économique dans de nombreux domaines. Au point d’être qualifié de « tigre celtique » par certains observateurs. L’un des aspects les plus intéressants pour la Bretagne réside, en particulier, dans la très forte image et dans l’attractivité que les irlandais ont su développer. Bien que située à la périphérie de l’Europe, l’Irlande est devenue aujourd’hui l’une des places les plus attractives au plan international pour les étudiants, les jeunes actifs, les migrants –notamment ceux des pays de l’Est- ou encore pour les touristes de diverses nationalités. Au point de faire d’une ville modeste, Dublin, l’une des places les plus « branchées » du « continent ». Une question de différence sans doute… Ce dynamisme s’appuie sur une capacité des irlandais à bâtir de véritables stratégies de développement, à retourner sans complexe leurs handicaps (comme la pluie) et à décliner la notoriété du pays dans des domaines aussi divers que la culture, le tourisme, l’agroalimentaire, le merchandising, les TIC ou les services. On parle ainsi aisément de la « marque Irlande » et la réputation de ce petit pays, à peine plus peuplé que la Bretagne, est établie dans le monde entier. A travers l’exemple de l’un des quartiers commerçants de Dublin, la soirée tentera d’appréhender quelques uns des éléments de ce puzzle irlandais.
Autre « invité », dont les atouts géographiques à l’échelle européenne ne semblent guère supérieurs à ceux de la Bretagne, le Pays Basque offre l’exemple d’un des territoires les plus performants de l’Union. Tout comme l’Irlande, son histoire récente est marquée par un retournement économique et social spectaculaire dont l’économiste Pierre Veltz expose les ressorts dans un récent ouvrage (1) : « (…) de nombreux exemples montrent à quel point la réussite peut être spectaculaire dès lors qu’existe un tissu d’échanges vivant entre entrepreneurs, politiques, techniciens et syndicalistes. Le pays basque espagnol (Euskadi), malgré l’abcès du terrorisme nationaliste dont il ne parvient pas à se débarrasser, en est une parfaite illustration. Voici une région, de taille comparable à la Lettonie ou à la Slovénie, qui a connu dans les années 1970 et 1980 un véritable désastre industriel, avec la quasi-disparition d’une industrie lourde totalement obsolète, et des taux de chômage oscillant entre 20 et 25%. En 2005, elle était revenue à un taux de chômage de 5,7%. Le PIB par habitant y était comparable à celui du Piémont, supérieur à celui de l’Alsace ou de la Catalogne. Ce succès impressionnant est dû à deux facteurs : une stratégie très volontariste et organisée de redéveloppement d’un tissu industriel à base de clusters sectoriels (la région ayant fait le choix de rester dans l’industrie et de ne pas céder aux sirènes de la société dite post-industrielle), et surtout l’existence d’une très forte cohérence et d’une synergie étroite entre tous les milieux décisionnels, appuyées évidemment sur un puissant sentiment d’identité culturelle ». Ces quelques éléments sur la stratégie économique basque doivent aussi être reliés à d’autres variables. Ainsi, en 2008, la Communauté autonome basque pointait à la troisième place dans le classement de l'indice de Développement humain (IDH) derrière l'Islande, qui occupe la première place, et la Norvège d'après les chiffres élaborés par Eustat (2) . Le secteur de la machine-outil symbolise la réussite de cette stratégie. Le pays Basque produit 80% de la production espagnole de machines outils et se situe la troisième place en Europe après l’Allemagne et l’Italie. L’exemple de Fatronik, un Centre de Recherche technologique spécialisé dans la R&D permettra d’illustrer la capacité d’innovation et de coopération des acteurs privés et institutionnels basques. Initialement créé pour répondre aux besoins des professionnels de la machine-outil, le centre propose aujourd’hui ses services de support de l’innovation à un ensemble de secteurs économiques mais aussi sociaux. Orientée vers la création de valeur et d’activités nouvelles, son action illustre également la manière dont les Basques ont su s’organiser pour développer une politique d’attractivité auprès de chercheurs et de spécialistes internationaux capables de venir épauler leurs entreprises. Dans un tout autre contexte, l’Ostergötland, en Suède apparaît comme l’un des territoires pionniers en Europe pour la création d’entreprises, à partir de la valorisation de la recherche et de l’innovation. Une première particularité de ce territoire surprenant réside dans le fait qu’il ne s’agit pas d’une « région » au sens institutionnel du terme. Il se situe même, administrativement parlant, au sein d’une région suédoise dont les performances économiques n’ont rien de remarquable. Traditionnellement la prospérité de l’Ostergötland reposait principalement sur la production agricole (bois, papier, agroalimentaire). Le territoire, en l’espace de quelques années, a pourtant connu une croissance impressionnante dans des secteurs high tech comme les composants électriques ou électroniques, les communications, l’aéronautique, ainsi que les activités de sous-traitance et les services associés. Cette transformation illustre en partie le rôle que peuvent jouer l’Université et la recherche dans le développement d’un territoire. La région bénéficie en effet du rôle moteur de l’Université de Linköping et du parc technologique Mjärdevi pour la création de nombreuses entreprises spin off. L’exemple est d’autant plus frappant qu’en Bretagne comme en France l’Université apparaît trop souvent « universaliste » et, en soi, déconnectée du territoire sur lequel elle évolue. Cette « transformation » de la recherche est rendue possible par l’existence de multiples dispositifs et outils d’accompagnement à la création d’entreprises qui participent d’une véritable culture entrepreneuriale. On retiendra en particulier le « Företagsreceptionen » (Bureau d’accueil des entreprises) établi pour faire le lien entre l’université et l’économie régionale. Il recense ainsi les besoins des entreprises situées dans l’environnement de l’Université afin d’y rechercher les compétences requises pour y répondre. Il vise donc à simplifier l’accès des entreprises, et des autres organismes, aux connaissances et compétences utiles au sein de l’université. Un autre aspect, moins visible mais tout aussi déterminant, de la réussite de l’Ostergötland réside sans doute dans l’existence d’une véritable « culture civique » locale, caractéristique de la « société de la confiance » propre aux pays scandinaves. Elle détermine la capacité des divers acteurs privés, académiques, institutionnels à coopérer et à se mettre en synergie autour d’une vision partagée du développement du territoire. Elle a notamment permis d’aboutir à la définition d’un « contrat de croissance régionale » qui définit les objectifs, priorités et axes de coopération entre les différents acteurs locaux. Par ailleurs, la considération portée à l’accueil des idées et des projets des étudiants pour la création d’activités nouvelles apparaît comme un révélateur de cette société de confiance et de coopération.
Enfin, la capacité de l’Université à s’insérer dans des réseaux et coopérations de recherche au niveau international apparaît comme le pendant utile et efficace aux intenses relations nouées entre l’université et les acteurs économiques locaux. Elle lui permet à la fois de renforcer son savoir-faire technologique et scientifique mais aussi de trouver des débouchés supplémentaires aux compétences locales. Au final l’expérience suédoise, novatrice et originale, offre un exemple abouti de pratique de « l’économie de la connaissance » bien souvent citée mais encore insuffisamment maîtrisée par les acteurs du développement économique breton. Au plan théorique, l’économie de la connaissance révolutionne la manière d’envisager le développement endogène. En effet, contrairement aux biens physiques, les connaissances et les compétences s’accroissent quand on les partage. Elles jouent donc un rôle décisif dans la croissance à partir du moment où elles peuvent trouver un terrain favorable pour se combiner avec d’autres.
Dans leur diversité ces exemples irlandais, basques ou suédois viennent nous rappeler un constat opéré par les observateurs de l’économie contemporaine :
« Les régions européennes gagnantes sont bien souvent celles qui affichent la plus forte identité culturelle. L’une des raisons fondamentales de ce succès (…) réside dans le capital social et relationnel que ces entités concentrent et qui constituent une force d’ancrage et de stabilité remarquablement efficace dans une économie de plus en plus ouverte (1) .» Ils montrent aussi l’importance de repenser les politiques locales de développement économique en revoyant nos concepts et nos modes d’organisation, mais également en se dotant d’une véritable capacité de « pilotage ». Par son dimensionnement, suffisamment proche du terrain et suffisamment grande pour développer une capacité d’expertise, la région (en tant que niveau d’action et en tant qu’institution) apparaît comme le chef de file naturel d’une nouvelle manière d’aborder le développement, plus conforme aux exigences de fonctionnement de l’économie internationale. En choisissant de consacrer ses 150 ans au thème de « l’identité territoriale comme vecteur de développement », la CCI de Rennes a probablement retenu le meilleur thème pour l’avenir. (1) La Grande Transition, Pierre Veltz, Editions du Seuil, 2008 (2) l’Indice de Développement Humain (IDH) est défini et calculé pour 178 pays par l'Office pour le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD). Il repose sur une moyenne de différents indicateurs des niveaux de santé/longévité, d’éducation et richesse. Soirée anniversaire, 06 octobre 2008, Méga CGR, La Mézière Pour s'inscrire:
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