| Culture & tolérance |
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| Écrit par Jean Ollivro | |||||||||||||||||||||||||||||||
![]() « Il n’y a de Bretagne que si la langue bretonne existe ». La première phrase du nouveau livre de Michel Treguer isole tous les enjeux de son nouveau livre « Gwir » destiné à réconcilier les Bretons et les Français –à mettre fin à un réel « dialogue de sourds » (p. 10) sur ce qui devrait être naturellement un enjeu majeur : assurer la diversité linguistique de la France et notamment la promotion des langues dites « régionales » ou « minoritaires ». En somme, comme le souligne le slogan classique : « Hep brezhoneg, Breizh ebet » (« sans breton, pas de Bretagne »). Toutefois, au-delà des discours militants, le mérite de l’auteur est de développer un discours argumenté et de rechercher la voie d’un consensus pour en assurer la promotion. En effet, comme le rappelle l’auteur, « Gwir » est un mot breton qui veut dire « vrai », mais aussi « juste », « conforme au droit ». Après « Aborigène occidental » et « Espèces d’hommes », l’auteur livre certes un essai qui « ne prétend même pas convaincre ceux qui ne veulent pas l’être » (p. 58). Il fait du coup la part belle aux communautaristes et « hussards jacobins » de tout poil piégés par leur dogme, aussi intolérant qu’indivisible, et leur refus de la diversité. La violence de leur argument est rappelée, permettant de repérer où se situe aujourd’hui l’intolérance, l’analyse désignant ceux qui jettent l’opprobre sur la langue bretonne par leur initiale pour éviter les querelles de personnes et permettre desréflexions de fond. Le débat s’évade ainsi du passionnel pour l’essentiel et démontre comment la reconnaissance culturelle est source de démocratie. Le préjudice culturel connu par les bretons « n’est pas du même ordre de gravité que des massacres et des enlèvements d’enfants. Soit. Mais de combien de vies brisées, d’exils, de suicides, s’est également payée la mise hors la loi de la langue bretonne » (p.114). La promotion de cette dernière est tout sauf une vision arc-boutée sur un passé, mais bel et bien une vision d’avenir d’un monde ouvert, d’un monde de tolérance. On en est parfois arrivé à culpabiliser les Bretons sur ce qu’ils avaient d’essentiel, sur ce qu’ils étaient, sur leurs grands hommes, sur leur culture. Dans la droite ligne de l’ouvrage « Aborigène occidental », l’auteur rappelle aussi comment Roparzh Hémon fut effectivement un auteur magistral, « un des deux ou trois bretons de tous les temps », même s’il est méconnu par ses congénères, est évidemment stigmatisé par les « hussards ». Il souligne comment les écoles Diwan, évidemment décriées par les mêmes, font feu de tout bois sur l’extérieur et créent des enfants polyglottes quand les écoles françaises créent essentiellement des enfants monolingues. Où sont aujourd’hui les intolérants ? Que signifie ce dogme nationaliste ultra, encore ancré chez une minorité ? Michel Treguer est talentueux, courageux et sincère. Il reste, pour notre bonheur, « un intolérable grumeau dans la patte de leur nation » (p. 43). Son ouvrage est à lire et à méditer. Les formules sont novatrices et le style souvent éclatant. La Bretagne a la chance de compter des auteurs aussi prestigieux dans ses rangs, des hommes qui vivent debout avec pour seule arme leur plume, leurs idées, leurs arguments. « Gwir » est à lire absolument, à faire connaître. Il livre une réflexion décomplexée sur les enjeux des tolérances, des variétés et des cultures qui ne posent des soucis qu’à une poignée de dogmatiques français arc-boutés sur une indivisibilité d’un autre âge.
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| Dernière mise à jour : ( 13-11-2008 ) | |||||||||||||||||||||||||||||||
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