| Quelles perspectives de consommation du foncier à l’horizon 2030 ? |
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Le 15 juin dernier, Force 5, association des Chambres consulaires d’Ille-et-Vilaine, organisait son colloque annuel sur le thème : « une gestion équilibrée du foncier est-elle possible en Ille-et-Vilaine ?». La préparation de cette journée, qui a réuni acteurs du monde agricole, spécialistes du développement économique et élus, reposait en partie sur un travail de réflexion animé par Bretagne Prospective entre mars et juin 2009.Dans le cadre d’une démarche de prospective territoriale, différents travaux ont pu être initiés pour analyser les ressorts de la consommation foncière du département d’Ille-et-Vilaine. L’un des premiers acquis a consisté en l’élaboration d’une typologie des communes du département en fonction de la consommation foncière. Les liens entre croissance démographique et consommation foncière sont en effet contestés et n’apparaissent pas toujours de manière évidente. L’analyse réalisée a cependant permis d’établir une causalité forte entre la croissance démographique et l’artificialisation des terres, lorsque l’on prend en compte la superficie communale et sa part déjà artificialisée. Selon une logique assez compréhensible, plus les communes disposent de foncier, plus elles ont tendance à le gaspiller. L’espace et la disponibilité foncière apparaissent dans bien des cas comme un facteur d’attractivité. [...]
Il est également important de rapporter cette consommation au profil urbain/rural de chaque commune et à son profil économique. Partant de cette typologie, une enquête menée sur un échantillon de communes auprès des élus, des agriculteurs et des notaires a fait ressortir un certain nombre de facteurs qui vont influencer une consommation plus ou moins forte de foncier : la proximité des axes routiers, l’importance du bâti historique local, les possibilités de spéculations sur les terres agricoles, etc. Ces travaux ont servi à alimenter un diagnostic de la consommation foncière dans le département et à identifier les grandes tendances à l’œuvre pour les années à venir. Il apparaît déjà que l’artificialisation du département suit une courbe ascendante depuis le milieu des années 80. Selon une étude réalisée par l’AUDIAR, la consommation de foncier aurait été de 15 000 ha, soit trois fois la superficie de la ville de Rennes, entre 1984 et 2005. La tendance observée aurait, de plus, connu une nette accélération depuis la fin des années 90 et le début des années 2000. Le département fait face à un intense phénomène de périurbanisation et d’étalement urbain ; le pays de Rennes (effet métropole) et le Pays de Saint Malo (effet littoral) étant particulièrement touchés. On observe également une urbanisation croissante le long de tous les grands axes routiers ainsi que le long des fleuves (vallées de la Rance et de la Vilaine). Cette artificialisation croissante devrait se poursuivre au cours des années à venir si l’on en juge par l’attractivité du département d’Ille-et-Vilaine et, plus particulièrement, celle de l’agglomération rennaise. Les motifs de pression foncière se trouvent ainsi multipliés. Le département concentre à lui seul près de 40% de cet accroissement démographique régional, dans un contexte où la région Bretagne devrait, d’après l’INSEE, accueillir près de 470 000 habitants supplémentaires à l’horizon 2030. Il est aussi le plus jeune de tous les départements de la Bretagne administrative ; gage d’une croissance démographique future et d’une attractivité renforcée. Enfin, s’il ne faut pas préjuger des effets de la crise, le pays de Rennes apparaît fortement créateur d’emplois depuis le début des années 2000 (+64 000 emplois). D’après une récente étude de l’AUDIAR entre 40 000 et 85 000 emplois pourraient être créés sur la période 2004/2015. Il faut également prendre en compte les effets de multiples infrastructures : mises en 2X2 voies, LGV, Aéroport de Notre Dames des Landes, qui risquent encore de renforcer cette attractivité (au détriment de l’ouest breton) et d’accentuer les demandes déjà très fortes sur le foncier. Dans ce contexte, la région dans son ensemble connaît une consommation foncière galopante très nettement supérieure à la moyenne française. Ceci s’explique en partie par des caractéristiques locales comme l’importance du tourisme (et son influence sur la taille des aménagements divers), mais aussi par l’importance de l’habitat individuel très nettement supérieur à la moyenne nationale, dans un contexte où la dispersion de l’habitat et la mauvaise adéquation des politiques d’aménagement aux réalités bretonnes favorisent l’étalement urbain. Le recul progressif de l’activité agricole, plus marqué en Ille-et-Vilaine, apparaît également comme un facteur de moindre préservation du foncier. Ces quelques tendances, qui vont contribuer à une poursuite de l’artificialisation importante des terres agricoles, risquent toutefois d’être atténuées par l’importance des enjeux énergétiques et environnementaux et par leur traduction politique. On assiste, en effet, à un début de prise de conscience de la part des collectivités locales et à un développement des pratiques de densification et d’aménagement durable. Si les effets restent encore marginaux, ces efforts semblent appeler à s’intensifier. En parallèle, la perspective d’une combinaison de crises énergétique, alimentaire et écologique mondiales souligne l’urgence de préserver le foncier agricole. Elle laisse également entrevoir un appel accru aux terres disponibles pour de nouveaux usages en matière de production d’énergies renouvelables ou de chimie verte. En cas d’incapacité de l’ensemble des acteurs de l’aménagement à impulser un réel changement de la dynamique en place, ce sont toutefois près de 50 000 hectares supplémentaires qui pourraient disparaître à l’horizon 2030 (en incluant l’artificialisation liée à certains espaces verts, comme les jardins, parcs et espaces de loisirs). C’est aussi un pan du potentiel économique du département qui sera sacrifié au regard de l’impact de l’activité agricole et agro-alimentaire sur le reste de l’activité économique locale et régionale (environ 30% de l’activité économique en dériverait). Si les effets de la crise énergétique risquent de modifier les pratiques de manière pressante au cours des années à venir, une véritable révolution culturelle, doublée d’un regain de volontarisme politique, s’imposent. Certains pays, comme l’Allemagne, confrontés à une pression démographique nettement supérieure, ont montré qu’il était possible de diviser par deux (a minima) la consommation de foncier au regard de l’accroissement de la population. Cela passe notamment par un important travail de sensibilisation et de formation des décideurs, par la mise en œuvre d’autres logiques et indicateurs de développement économique (temps long, économie productive, empreinte écologique, etc.) et par la définition de nouveaux modes de gouvernance et de collaboration entre les diverses collectivités et institutions concernées. Autant de chantiers urgents pour le tout nouvel établissement foncier régional… Commentez cet article!
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