 De l’avis général, la mer constitue l’un des enjeux mondiaux du XXIème siècle. Elle se situe tout d’abord au cœur des défis environnementaux et climatiques que doit surmonter l’humanité. Elle apparaît comme une immense ressource possible face aux besoins alimentaires d’une population mondiale en pleine expansion. Elle est aussi un univers largement inexploré et porteur de ressources insoupçonnées (en termes de matières premières, de biodiversité, de découvertes scientifiques, de potentiel biotechnologique, etc.). Dans un contexte de crise énergétique grandissante, elle est enfin un gisement considérable et prometteur de production d’énergies, ainsi que le support de l’un des modes de transport les plus économiques. Face à tant de perspectives, la France, deuxième puissance mondiale en surface maritime, et la Bretagne (un tiers du littoral français) ont potentiellement une immense carte à jouer. Force est de constater, pourtant, que si la Bretagne a été, au cours de l’histoire, une puissance maritime, elle s’est au fil des siècles refermée sur une logique essentiellement terrienne et tourne aujourd’hui largement le dos à la mer. Du 15ème au 17ème siècle, son ouverture maritime lui permettait d’exporter largement ses productions et de jouer pleinement son rôle d’intermédiaire entre l’Europe du nord et l’Europe du sud, procurant à la péninsule une prospérité sans pareille. Peu à peu pourtant, sous l’effet de choix, essentiellement imposés par la logique politique du pouvoir central, elle s’est progressivement coupée de la mer (guerres, politiques douanières, logique militaire et géostratégique plutôt que commerciale, choix d’aménagement portuaires défavorables, sacrifice de la pêche sur l’autel des négociations européennes, etc.).
 On en arrive ainsi à l’un des paradoxes les plus criants de sa situation actuelle. Alors que la Bretagne est toujours associée à la mer dans l’imaginaire collectif, le premier port breton est depuis bien longtemps… Le Havre. Alors que la France importe 80% de ses produits de la mer, on subventionne la casse des bateaux de pêche. Dans un autre registre, la Bretagne qui représente 50% du potentiel de production d’énergies marines en France, n’a toujours pas réussi à implanter un projet industriel d’envergue en ce domaine (les principaux projets éoliens marins offshore se situent au large des côtes normandes…). En la matière, le fossé se creuse de jours en jours avec nos partenaires européens plus investis sur la production d’énergies renouvelables (Norvège, Royaume-Uni, Allemagne, etc.). Plus grave peut-être, si l’essentiel de la population bretonne vit aujourd’hui à proximité des côtes, l’implantation d’activités économiques liées à la mer devient de plus en plus difficile du fait des conflits d’usages et, souvent, d’un manque de décision politique. Une part importante de la population bretonne vit aujourd’hui « au bord de l’eau » et constitue une société littorale (balnéaire ?) ayant la mer comme décor, bien davantage qu’une société maritime tournée vers le grand large et ses nombreux horizons.
 Si d’importants efforts doivent être entrepris de manière urgente pour préserver la pêche bretonne ou encore pour exploiter tout le potentiel maritime en matière de production d’énergies marines (et de maîtrise technologique et économique de la filière !), il convient également de se doter d’un projet à plus long terme. La Bretagne doit se donner les moyens de se saisir des enjeux du futur, pour réinventer une véritable société maritime et retrouver ainsi son ouverture au monde. Qu'en pensez-vous? Commentez cet article ou mailez-nous vos commentaires!
Nous avons reçu ce commentaire de la part de Benoît Morin (Lire son commentaire).
|