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La Bretagne possède une des jeunesses les mieux formées de France, comme en attestent les succès répétés de l’Académie de Rennes aux examens du Baccalauréat. Elle s’avère pourtant incapable de générer en nombre suffisant des emplois suffisamment attractifs pour garder aux pays les plus qualifiés de ses jeunes. Le constat est établi à l’échelle régionale –où environ 10 000 jeunes de 18 à 29 ans quittent chaque année la région –, il s’avère cependant plus dramatique encore à l’échelle infrarégionale. Certaines prévisions élaborées par l’INSEE, envisagent en effet que seuls 4 des 22 pays bretons verront croître leur population des moins de 25 ans à l’horizon 2020. Un tel constat ne manque pas d’être inquiétant pour l’avenir de nombre de territoire, dans un contexte de vieillissement généralisé de la population. La solution à ce grave prob  lème est assurément complexe et doit mobiliser tout un ensemble de réponses et de politiques adaptées. Il est cependant un de ses aspects sur lesquels il semble urgent de se pencher. Alors que la région, et les collectivités locales en général, accompagnent de diverses manières le financement du système éducatif, on ne peut que constater l’ignorance et la méconnaissance dans lequel celui-ci entretient les jeunes bretons des fondamentaux de la culture bretonne, et plus largement du fonctionnement du territoire. A tel point que certains travaux historiques ont parfois mis en évidence que les territoires qui connaissaient les plus forts taux d’émigration des jeunes étaient souvent ceux où la scolarisation était la plus élevée. Au-delà de la seule jeunesse, c’est également l’ensemble de la population bretonne qui endosse ce paradoxe tragique. Alors que les Bretons semblent globalement fiers de leur identité, ils sont, le plus souvent, incapables de lui donner le moindre contenu et, ce faisant, incapables de donner une direction concrète et positive à ce sentiment d’identité. C’est pourtant l’attachement au territoire, généré par les liens affectifs, familiaux, sociaux ou culturels, qui constitue le principal moteur de la volonté de développement local. C’est aussi de la connaissance fine des ressources et potentiels du territoire que peuvent naître des idées et possibilités d’activités nouvelles.
Plus grave encore, cette « inculture » locale intervient globalement dans un contexte où l’ensemble des valeurs diffusées encourage la mobilité et valorise des modèles sociaux et professionnels déconnectés des réalités locales, sans jamais éclairer en retour la richesse et les immenses potentialités des territoires et des entreprises de Bretagne ou des autres régions. Alors que l’investissement scolaire, depuis plus d’un siècle, apparaît comme une valeur forte de la société bretonne, alors que la Bretagne bénéficie de la présence stimulante de trois systèmes scolaires concurrents (public, privé, Diwan), elle ne s’est jamais illustrée par le moindre dynamisme en matière d’innovation pédagogique. L’enjeu est pourtant de taille. Notre monde en pleine mutation doit en effet passer de manière urgente d’un système économique et culturel fondé sur l’exploitation de ressources limitées à une société nouvelle fondée sur la valorisation des possibilités illimitées de la  créativité et du potentiel humain. Comment dès lors permettre à nos enfants de valoriser pleinement leurs potentiels et leurs talents ? Comment les aider à répondre à la complexité du monde, leur donner les atouts pour développer de nouvelles manières de coopérer et de créer ? Comment faire du potentiel humain de la Bretagne un véritable levier pour le développement de nos territoires ? Au final, comment s’appuyer sur une véritable connaissance de la culture bretonne, garante de la volonté de vivre ensemble et du développement du territoire pour encourager la nécessaire réponse aux défis globaux et le développement du potentiel humain ? Si la capacité politique de la région, et des collectivités locales, en matière scolaire apparaît a priori limitée, nul doute en revanche que leur fort investissement dans l’environnement éducatif et culturel leur offre de nombreuses marges de manœuvre pour impulser une véritable révolution pédagogique en phase avec les enjeux d’une Bretagne et d’un monde en pleine mutation. Ce nécessaire pari sur l’avenir est d’abord une affaire de vision et de volonté politique…
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