| Un exemple de travail en réseau : une semaine au pays des ardoisières… |
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Dans le cadre d'un partenariat, Bretagne Prospective publie cet article rédigé par les Mémoires du Kreiz Breizh, association en charge de la recherche et de la valorisation du patrimoine du Centre-Bretagne. Ce texte retrace une expérience de mise en réseau d'une variété d'acteurs au service d'un patrimoine économique et culturel menacé: les ardoisières. Au-delà des divergences de méthodes et des frontières administratives, les Mémoires du Kreiz Breizh, à l'instar de Bretagne Prospective, adresse un message en faveur de la mutualisation des actions au service de causes souvent communes mais hélas en proie aux divergences d'approches. Par les Mémoires du Kreiz Breizh L’ardoise et son exploitation sont un élément fort du patrimoine et de l’identité du Centre-Bretagne. Pourtant, ce patrimoine est aujourd’hui menacé de disparition. Plusieurs structures ont décidé de s’associer pour le faire connaitre et contribuer à son sauvetage et à sa mise en valeur. LE CONTEXTE L’ardoise au fil des siècles L’exploitation de l’ardoise est ancienne en Centre-Bretagne. Les plus anciennes carrières de schiste ardoisier datent du Moyen Age : c’est de l’ardoise centre-bretonne qui couvre la cathédrale de Quimper, dont la construction est achevée à la fin du XVe siècle. L’exploitation se développe dans le courant des XVIIe et XVIIIe siècles, se concentrant dans le bassin de Châteaulin et sur la région de Caurel et de Mûr-de-Bretagne. Les ardoisières se multiplient et la production s’intensifie encore à partir du XIXe siècle, en raison notamment de la multiplication des constructions et du remplacement des anciennes couvertures végétales par un matériau ininflammable. En effet, après les enclos paroissiaux, les manoirs et quelques maisons cossues, les maisons des paysans et des artisans sont à leur tour couvertes d’ardoises. Dans le même temps, la construction du canal de Nantes à Brest, qui s’étale sur toute la première moitié du siècle, révèle de nombreux filons et des centaines d’ardoisiers en profitent pour ouvrir leur carrière. Ainsi en 1840, 32 sites emploient 486 ouvriers et produisent 24 millions d’ardoises. Avec le développement des réseaux de transport, l’activité se déplace progressivement vers l’Est où la matière est plus abondante : Motreff, Gourin, Maël-Carhaix et Plévin deviennent des pôles de l’activité. Leurs ardoises noir-bleutées sont réputées pour leur qualité et couvrent les toitures bretonnes et celles de monuments parisiens. La première moitié du XXe siècle marque l’âge d’or de l’exploitation des carrières d’ardoises en Centre-Bretagne. En 1935, le site de Moulin Lande en Maël-Carhaix qui « avec ses 600 ouvriers […] est considéré comme la plus importante industrie extractive de Basse-Bretagne » 1, produit à lui seul 12 700 tonnes d’ardoises, soit 9 % de la production française. Très vite pourtant, les sites centre-bretons déclinent. Epuisement des filons, techniques de production archaïques : l’ardoise bretonne n’est désormais plus en mesure de concurrencer les ardoises angevines et espagnoles qui inondent le marché. Une à une, toutes les ardoisières centre-bretonnes sont alors abandonnées. Si la réouverture de Moulin Lande, qui avait fermé ses portes en 2000, est aujourd’hui à l’étude, seules deux carrières sur la commune de Plévin et une sur la commune de Commana, employant au total 5 personnes, sont encore en activité aujourd’hui. Un riche patrimoine… Les mines d’ardoises ne sont plus exploitées de nos jours mais les traces de cette activité sont encore nombreuses dans le paysage centre-breton. Outre les puits, impressionnantes cavités d’une centaine de mètres de profondeur et dont certains - comme Sainte-Barbe à Gourin - ont pu être conservés, l’exploitation des veines de schiste impliquait la mise en place d’importantes infrastructures. Ainsi Koad-Mêl (Maël-Carhaix), ardoisière modeste dans la région au milieu des années 1920, possédait tous les éléments caractéristiques d'une installation semi industrielle : centrale hydro-électrique, treuils, chevalements, forge, bureau, ateliers et même une "caserne" ou cantine. Quelques-uns de ces bâtiments ont résisté aux assauts du temps et sont encore visibles sur le site. De même dans les Monts d’Arrée, sur près de 20 km du Cloître Saint-Thégonnec à Saint Eloy, la crête nord de la montagne est truffée de ravins, de tas de déblais, de ruines de cabanes en pierres sèches, envahies par la végétation, vestiges significatifs d'une ressource durement tirée du sous-sol. A Saint-Goazec encore, l’imposant plan incliné construit en 1920 sur le site du Rick pour remonter les blocs d’ardoises et les remblais est encore en place. Ce patrimoine est aujourd’hui menacé. L’activité ayant cessé, il se détériore très vite. Par ailleurs, en raison des dangers qu’ils représentent, plusieurs puits ont déjà été comblés. Enfin, les savoir-faire liés au travail de l’ardoise disparaissent peu à peu avec les ardoisiers. Des structures éparpillées sur le territoire Depuis des années, plusieurs structures associatives ont pris conscience de l’intérêt de ce patrimoine et s’efforcent de le mettre en valeur et d’attirer l’attention des élus et des financeurs potentiels sur la question. L’association Tradition et patrimoine des Montagnes Noires A la fin des années 1990, le comité gourinois de sauvegarde des ardoisières, qui proposait jusqu’alors quelques animations annuelles, est en sommeil quand Antoine Le Guilly publie un ouvrage sur le sujet. Cette publication suscite une certaine demande. Le comité fusionne alors avec la branche « comité des fêtes » du syndicat d’initiative et l’association Tradition et patrimoine des Montagnes Noires est créée en 2004. Elle se donne pour objectif de sensibiliser les élus gourinois au patrimoine ardoisier et les inciter à acheter quelques puits de la commune, en vente depuis plusieurs années. L’accent est aussi mis sur la richesse minéralogique – de nombreux fossiles ont été découverts - spécificité gourinoise. Bugale Sant Woazec à Saint-Goazec Depuis 1995, l’association Bugale Saint-Woazec œuvre à la valorisation du patrimoine ardoisier sur la commune. De nombreuses recherches ont déjà été réalisées sur le sujet. Elles ont donné lieu à des expositions, la publication d’une brochure et d’un article dans la revue Kreiz Breizh. L’association organise aussi des visites du site, en partenariat avec l’Ulamir Aulne. Elle accompagne aussi les propriétaires du site remarquable du Rick, qui cherchent à vendre, dans la recherche d’un compromis qui permettrait de maintenir une ouverture au public. Maison du patrimoine de Locarn Depuis 1988, l’association Cicindèle organise des animations afin de faire vivre Locarn, s’appuyant notamment sur un riche patrimoine religieux et naturel. Le projet de création d’une maison du patrimoine à Locarn coïncide avec l’abandon du projet d’ouverture à la visite de Moulin Lande. D’où l’idée de consacrer à Locarn une place au patrimoine ardoisier. Le musée abrite donc la reconstitution d’un tunnel et plusieurs panneaux sur les ardoisières de la région. Le clou de la visite est un film tourné dans les derniers mois d’activité de Moulin Lande en 1999. La structure propose aussi la visite de l’ardoisière de Coat-Mel à Maël-Carhaix, qu’elle cherche à développer. Un ouvrage sur l’ardoise en Bretagne a été publié en partenariat avec les éditions Coop Breizh en 2008. L’écomusée des Monts d’Arrée Initié par le parc naturel régional d'Armorique, cet écomusée associatif a, entre autres, pour mission d'assurer la médiation du patrimoine auprès de tous les publics. Depuis les années 90, l’écomusée évoque l’activité ardoisière des Monts d’Arrée à travers des animations, une salle d'exposition, des ateliers pédagogiques et aussi par les chantiers de restauration sur Commana et Saint Rivoal. Les Mémoires du Kreiz Breizh Nées en 2000 d’un partenariat entre Les Vieilles Charrues et l’Université de Bretagne Occidentale, les Mémoires du Kreiz Breizh ont pour objectif de susciter la recherche en Centre-Bretagne et d’œuvrer à la valorisation de son patrimoine. Plusieurs dossiers de la revue Kreiz Breizh sont ainsi consacrés au patrimoine industriel et notamment à l’activité ardoisière. Indépendante depuis 2006, la structure se positionne comme référente sur le territoire en termes de médiation du patrimoine et place le travail en réseau au cœur de son programme. LA VIE DU RESEAU A l’origine du réseau Fin 2004, Bugale Sant Woazec a sollicité l’aide des Mémoires du Kreiz Breizh pour la constitution d’un dossier de classement de l’ardoisière du Rick au titre des Monuments Historiques. Il est vite apparu que la mise en valeur d’un tel site serait un projet beaucoup trop lourd à porter pour la seule commune de Saint-Goazec. Le même problème se pose pour tous les sites. D’où l’idée d’une valorisation globale de ce patrimoine, à l’échelle du Pays du Centre Ouest Bretagne. Pour lancer la réflexion sur cette idée d’une valorisation globale, les Mémoires du Kreiz Breizh ont souhaité associer les différents acteurs du patrimoine ardoisier de Centre-Bretagne et les ont invités à une première réunion à Carhaix en avril 2006. Une première étape : la semaine des ardoisières Tous sont convaincus du potentiel que constitue le patrimoine ardoisier et de l’intérêt de s’associer pour le mettre en valeur. Si l’objectif affiché est la conception d’une « route des ardoisières », la première étape est de sensibiliser le public et les élus à la richesse de ce patrimoine et à l’urgence de le mettre en valeur. La première pierre de ce grand chantier est posée en septembre 2007 par l’élaboration d’un programme commun d’animations. Ainsi, tout au long de la « Semaine au pays des ardoisières », visites guidées, conférences, chantier de restauration… ont été proposés aux visiteurs sur différents sites du territoire. L’opération a été reconduite en 2008 et en 2009. PREMIERS BILANS Des avancées précises Le succès rencontré par la manifestation, surtout en 2008 où près de 1000 personnes ont suivi l’une ou l’autre des activités proposées – a conforté les partenaires sur le bien-fondé de la démarche. Par ailleurs, l’objectif de sensibiliser les élus a été – au moins en partie – atteint. Ainsi à Gourin, l’association TPMN a obtenu de la municipalité la mise à disposition d’un local au domaine de Tronjoly et y a aménagé un « musée » de la minéralogie et de l’ardoise : exposition de roches et fossiles découverts dans les ardoisières de Gourin et panneaux de présentation de l’activité ardoisière sur la commune. Ces résultats ont aussi remotivé les bénévoles d’une structure qui commençait à s’essouffler. D’autre part, cette mise en lumière des richesses du patrimoine ardoisier permet à la Maison du patrimoine de Locarn de se positionner de plus en plus comme la structure référente sur le sujet en Centre Bretagne. L’ouvrage sur l’ardoise en Bretagne qu’elle a publié en partenariat avec les éditions Coop Breizh en 2008 rencontre un franc succès. L’objectif initial étant d’aller au-delà de cette semaine des ardoisières, des contacts ont été pris avec la DRAC Bretagne. Les rencontres, notamment avec le service « Musées » sont plutôt encourageantes et permettent d’envisager une mise en valeur plus pérenne de ce patrimoine. Au-delà du seul patrimoine ardoisier, cette expérience montre aussi qu’il est possible de travailler en réseau, et ce même sur un territoire éclaté sur trois départements. La preuve est faite que le public se déplace de Gourin à Commana ou de Locarn à Saint-Goazec. Les limites du travail en réseau Mais si les résultats sont encourageants, 3 années d’expérience mettent aussi en évidence les limites d’un travail en réseau. S’il est possible de travailler en réseau sur trois départements, les frontières départementales constituent encore toutefois des barrières difficiles à franchir. Notamment en ce qui concerne les subventions. Conseils généraux et communautés de communes sont encore réticents à financer des structures dont le siège social n’est pas sur leur territoire même si elles y proposent des activités. La grande disparité entre les différentes structures du réseau constitue aussi une limite. TPMN et Bugale Sant-Woazec fonctionnent uniquement grâce à la bonne volonté d’une poignée de bénévoles dont l’énergie a pu être émoussée par les difficultés à obtenir des subventions ou à sensibiliser les élus locaux – et parfois le public – à l’intérêt de leur travail. Les autres structures par contre bénéficient d’un réseau de bénévoles plus important (entre 150 et 200 pour Locarn) et surtout de la présence de salariés permanents. Les budgets de fonctionnement de ces structures sont également sensiblement différents. D’où une certaine disparité dans les moyens – humains et financiers – mis à disposition du réseau par chaque structure. La présence, dans certaines structures, de salariés formés aux nouvelles techniques de médiation culturelle, bien différentes de la conception « traditionnelle » de la valorisation du patrimoine, entraîne aussi des divergences sur les objectifs du réseau et les actions à mener pour les atteindre. Pour TPMN et Bugale Sant Woazec par exemple, le principe de la « semaine » ayant fait ses preuves, il convient de la renouveler chaque année quand Locarn, l’Ecomusée et les Mémoires du Kreiz Breizh, conscients de l’essoufflement qui frappera très vite ce type d’activité, entendent aller plus loin dans la démarche. Enfin, malgré la volonté réelle de tous les acteurs d’agir dans l’intérêt du territoire, un certain « esprit de clocher» se fait parfois ressentir et il n’est pas toujours facile d’inciter telle structure à participer à l’organisation de tel événement sur le site du voisin, même avec l’assurance que l’année suivante ce sera l’inverse. La première difficulté était de réunir autour d’un même objectif – la valorisation du patrimoine ardoisier - des structures d’horizons différents. En témoignent trois éditions de la « Semaine au pays des ardoisières », cette difficulté a été surmontée. Alors qu’il a fait ses preuves et qu’il commence à être reconnu comme tel sur le territoire, il appartient maintenant au réseau de s’accorder sur la suite à donner à l’aventure. Un nouveau défi qui, gageons-le, saura aussi être relevé. ---------------------- Un avis? Une remarque? Ecrivez-nous !
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