UN TRISKELL ELECTRIQUE Le pacte électrique breton se décline, tout comme le triskell, selon trois axes. La terre est représentée par la MDE, la Maîtrise de la Demande Energétique, dans un rôle de préservation de nos ressources. Le feu est représenté par la SAE, la Sécurisation de l'Alimentation Electrique, dont l'émergence de la centrale thermique au gaz est le plus fort symbole. Enfin l'eau est représentée par les EnR, les Energies Renouvelables, car l'avenir de la Bretagne dans ce domaine semble venir de la mer.
La Maîtrise de la Demande Energétique est le volet le plus consensuel, personne ne songe à la remettre en question. Il faut tout de même relativiser son impact dans le cadre de ce pacte. On ne parle pas ici d'objectif de réduction de notre consommation électrique mais bien d'une réduction de l'augmentation de notre consommation électrique : en d'autres mots, une augmentation moins rapide que prévue. Ad vitam aeternam? En effet, comment maitriser l'augmentation de la consommation alors que de nouveaux usages de l'électricité se dessinent et notamment la possible explosion des véhicules électriques (train, métro, tramway, bus, voitures, vélos, etc …)?
La Sécurisation de l'Alimentation Electrique est clairement le pilier de ce pacte électrique breton. Le projet de centrale thermique au gaz utilisant la technologie cycle combiné gaz, positionné près de Brest, d'une puissance d'environ 450 MW est défini comme un « moyen de production d'appoint » lui conférant pour l'instant une fréquence d'utilisation des plus floues. Le second projet, le renforcement du réseau de transport de l'électricité entre Lorient et Saint Brieuc, peut être vu comme un simple rattrapage d'investissement pour l'amélioration de la qualité de notre réseau électrique.
Les Energies Renouvelables donnent lieu à des débats passionnés et enthousiastes. La Bretagne s'est fixée un objectif : atteindre une puissance installée de production d'énergies renouvelables de 3 600 MW en 2020. Pour atteindre cet objectif, il faudra déployer essentiellement 1 200 MW en éolien terrestre, 1 000 MW en éolien offshore et 400 MW en photovoltaïque. Les hydroliennes, 10 MW de puissance, apparaissent anecdotiques dans ce pacte.
UN ENGAGEMENT DE L'ETAT Un pacte c'est un accord entre différentes parties, la Région Bretagne, l'Etat, etc ... Il est alors important de savoir quels sont les engagements de chacun.
Dans le cadre de la SAE, la mise en place de la centrale thermique au gaz est tributaire d'un appel d'offre de l'Etat qui sera lancé en 2011 sans date précise.

Pour le développement des EnR, l'Etat a également toutes les cartes en main. Le Grenelle 2 a durci les conditions de déploiement de l'éolien terrestre. Comment implanter les 600 nouvelles éoliennes nécessaires d'ici à 2020 dans un cadre législatif contraint? L'éolien offshore est lié à l'appel d'offres qui sera lancé en mai 2011, après plus d'un an d'attente, en vue d'une remise des offres en novembre 2011. La décision d'attribution, ou de non attribution, est prévue pour le premier semestre 2012 en pleine élection présidentielle. Le développement du photovoltaïque est fortement lié aux conditions de rachat fixé par l'Etat. Le moratoire déclenché par le Gouvernement en décembre 2010 nous amène à une grande prudence sur le sujet.
La Bretagne ne s'est pas en réalité fixée un objectif : « La Bretagne a fixé un objectif à l'Etat : atteindre une puissance installée de production d'énergie renouvelable de 3600 MW en 2020 ». Le pacte électrique breton précise d'ailleurs que « le développement de la production renouvelable présente un ensemble d'incertitudes quand à leur déploiement ». Prémonitoire?
Posons-nous une question simple et en même temps troublante. Et si l'Etat ne respectait pas ses engagements? Que se passerait-il? Comment expliquerons-nous aux futures générations que nous n'imaginions pas un tel scénario?
Ce pacte électrique breton est nécessaire mais pas suffisant. Il permettra aux Bretons de vérifier uniquement si l'Etat a su ou pu tenir ses engagements. Ni plus, ni moins.
LE PACTE ELECTRIQUE ENTRE BRETONS Il est primordial de pouvoir réellement influencer sur notre avenir et sur celui de notre territoire. Il faut initier des projets et prendre des engagements indépendamment de l'Etat tout en étant complémentaire à sa démarche. Pour cela, menons une réflexion à partir de nos propres compétences, et elles sont nombreuses. Il est temps collectivement de changer de paradigme et de pouvoir se dire « nous pouvons définir localement une politique électrique à l'échelle de la Bretagne ». Cette politique électrique régionale s'inscrira dans la politique définie au niveau national en prenant en compte nos spécificités. C'est ce que nous pouvons appeler « le pacte électrique entre Bretons ».

Quelles pourraient-être ses orientations? Il doit contribuer dans les domaines de compétences des collectivités locales, eau, logement, foncier, déchets, … au développement des énergies renouvelables. Il doit s'attaquer à l'indépendance énergétique qui passe avant tout par l'optimisation de l'énergie importée sur notre territoire. Il doit intégrer de manière prospective les nouveaux usages de la consommation électrique.
Dans une approche systémique et de manière transversale sur toutes les compétences de nos collectivités locales, nous pouvons répondre aux problématiques économiques, sociales et environnementales du territoire et développer les synergies nécessaires entre les acteurs historiques, politiques et économiques de la Bretagne. Nous travaillerons alors concrètement sur ce qui n’est que brièvement esquissé dans le pacte électrique breton : réseau intelligent, boucle locale d'énergie, cogénération, procédés de stockage de l'énergie, etc.
Nous serons alors en mesure de vivre pleinement le slogan « Rassemblons nos énergies » au propre comme au figuré et ainsi pouvoir faire de notre fragilité d'aujourd'hui, notre force de demain.