| Faire système pour développer le pays |
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Alors que depuis les années 1970, la régionalisation ne cesse de se renforcer dans tous les pays d’Europe, la France reste un pays engoncé dans des strates administratives d’un autre âge et la Bretagne, comme d’autres régions françaises, souffre politiquement de cette situation. Le budget du Conseil régional reste par exemple 27 fois inférieur à celui du Pays de Galles, près de 44 fois inférieur à celui de l’Ecosse. Des services essentiels concernant la culture, le développement économique ou l’aménagement des territoires ne regroupent qu’une poignée de personnes quand d’autres régions européennes en comptent plusieurs centaines et disposent de moyens conséquents pour créer de réels pôles stratégiques et exercer un formidable « effet levier » sur les dynamiques les concernant.
La Bretagne n’a donc ni les moyens de ses politiques, ni la capacité de jouer dans cette « cour » des régions européennes les plus puissantes qui ne cessent de renforcer leur dynamisme grâce au principe de subsidiarité et au contrôle des finances locales (au Pays Basque Sud, 92 % des impôts récoltés sur place sont reversés sur place, 8 % des impôts vont à l’état espagnol pour les grandes causes nationales). Alors, comment faire ? Le développement de la région est-il uniquement lié à sa capacité politique ? Des alternatives ne sont-elles pas à créer pour renforcer le pays ? En réalité, comme l’a montré Romain Pasquier, il faut souligner que la capacité économique d’une région n’est pas uniquement liée à son pouvoir politique. Elle peut aussi être issue des dynamiques de la société civile, que l’on sait particulièrement forte en Bretagne (on y compte par exemple deux fois plus d’associations qu’en France). Du coup, la puissance régionale réside aujourd’hui dans la capacité ou non des régions à faire « système », c’est-à-dire à agir de manière simultanée - et non atomisée - sur tous les paramètres du développement régional. En somme, une action concernant la langue n’aura aucune incidence réelle si on n’y associe pas des actions économiques renforçant le pôle des économies culturelles (nouveaux médias, édition) ou de l’éducation (formation des enseignants, activités de recherche…). L’essor économique restera embryonnaire si on ne fixe pas un cap et un projet fort fixant des priorités stratégiques sur des pôles d’activité majeurs, planifiant étroitement les formations aux besoins futurs des entreprises, mobilisant dans les médias les jeunes sur les enjeux du « vivre et travailler au pays », utilisant les associations ou les chercheurs ayant réfléchi depuis plusieurs années à ce sujet. Au Pays Basque Sud, c’est cette capacité à faire système qui a permis à un pays qui était au sortir du franquisme ruiné (35 % de taux de chômage !) de rebondir pour avoir aujourd’hui le troisième P.I.B par habitant en Europe (derrière le Luxembourg et l’Irlande). Regardons précisément comment les dynamiques économiques, linguistiques, culturelles, associatives, éducatives et scientifiques se sont ici à un moment nouées pour porter un développement singulier, déplacer l’ensemble du système « vers le haut », se sont associées pour faire levier. En Bretagne, tout n’est pas affaire de politique même si les dirigeants jouent un rôle essentiel. Or, il manque actuellement à notre pays cette capacité à faire système. Notre seule chance de développement est pourtant de trouver un modèle alternatif de fonctionnement politique, d’associer plus largement les forces de la société civile au pouvoir régional, de trouver des modalités souples de fonctionnement permettant d’avancer concrètement, même si les ressources financières sont rares. Actuellement, chaque réseau reste « dans sa niche » et les approches en cheminée ne permettent pas de compenser les limites institutionnelles importantes et objectives. Demain, l’essor de la Bretagne résidera ou non dans cette capacité a fixer un cap clair et a asseoir un réel plan stratégique pour unir toutes les volontés (qui ne manquent pas) pour développer le pays. Comme d’autres et avec d’autres, Bretagne Prospective travaille en amont sur ces grands enjeux de développement. De manière très concrète, c’est parce que nous voyons de plus en plus clairement les forces à associer, l’objectif à atteindre, le chemin à parcourir et les étapes successives de l’itinéraire que nous arriverons de façon collective à destination. Jean Ollivro, 6 mai 2007 |
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| Dernière mise à jour : ( 25-01-2008 ) |
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